Passion ! Telle est la relation que j’ai avec mes pastels secs. Amour-haine. L’image à laquelle je travaille aujourd’hui contient encore et toujours du rouge. Je suis liée depuis mon enfance à cette couleur dont ma mère s’habillait si souvent. J’adorais ma mère. Son rouge, à elle, vif et sans nuance, s’accordait avec ses cheveux noirs. Il contrastait avec sa pensée conventionnelle et son caractère retenu.
Un soir ou je décryptais les premiers mots d’un album en m’exaltant sur les illustrations à dominantes rouges, quelqu’un m’a rétorqué que c’était vulgaire.
Adolescente, je me suis vêtue de vert et j’ai détesté les rouges criards de ma mère. J’ai commencé à peindre des tableaux verts. On m’a expliqué que c’était la couleur complémentaire. Et puis, les rouges me sont revenus, timidement d’abord, jusqu’à s’imposer dans toutes mes images. Celle que j’achève contient encore des rouges. Au pluriel. Subtils ou éclatants, sourds, parfois éteints par la cendre, souvent violents ou joyeux. J’essaie de les nuancer. Vulgaire. Vulgaire. Ça résonne dans mon esprit.
Peut-on nuancer les rouges ?
