Les cadeaux

En ce solstice hivernal,
Rhys, de la musique des étoiles,
Moi, de ma boule de cristal
Et Max, du paradis des chats,
Nous prédisons joie et bal,
Du champagne et des entrechats,
Sous le sapin, des cadeaux,
Au son des tambours et pipeaux,
Et pour les grands,
Des rires d’enfants
Comme plus joli présent.

Bonne année 2026 !

Isabelle et Rhys Chatham

Équinoxe

Des mésanges bleues se bécotent
Entre des bourgeons duveteux.
Bientôt, elles tresseront un nid moelleux
Au creux d’un mur vieux.

Plus loin, cela tonne, chez les humains.

Les narcisses défroissent leurs pétales,
Les mimosas éclosent en grappes de soleils,
Déjà, le vent souffle sur les renoncules
Et emporte leurs robes parme ou groseille.

Plus loin, cela tonne, chez les humains.

Les larves gonflent dans leurs chrysalides,
Les primevères ouvrent leurs corolles
Érigeant leurs pistils aux abeilles
Et par un matin frais, se dénudent.

Plus loin, cela tonne, chez les humains.

Les champs explosent de couleurs
Et les villes sous les obus et grenades,
Les oiseaux chantent la magie printanière,
Et dans les bras de leurs mères,
Des petits enfants meurent,
Pendant que dans le sang et la misère
Les hommes s’assaillent
Au nom de leurs certitudes.

© Isabelle Forestier

La fleur blanche

Ce soir dans la nuit de Paris, une dame âgée s’était arrêtée dans un angle de rue. Petite et maigre, elle avait le teint gris et les yeux cernés par une vie au grand air citadin. D’une main, elle tenait un chariot rapiécé où elle avait rassemblé tous son domicile. De l’autre, elle étreignait la tige d’une fleur blanche et fanée qu’elle humait tendrement, comme on le fait d’un souvenir lointain. Elle souriait. Soudain, une bourrasque a emporté tout les pétales. De rage, elle a piétiné la tige, puis s’en est allée plus loin en recherche d’un pont ou autre abris pour reposer jusqu’à demain son corps fatigué.

Le grand cerf

SOLSTICE 2024

Viens, viens ! a chanté la Lune au Grand Cerf.
Viens, je t’offrirais des songes
Par milliers !
Il l’a suivie dans l’obscurité
Et il s’est endormi dans ses bras dorés.

Rêve ! a murmuré la Lune au Grand Cerf.
Rêve, pour toujours !
Tu oublieras le jour.
Et la nuit s’est répandue
Sur la neige.

Mais dans l’estomac du Cornu,
Attendait l’astre diurne.
Il chuchotait : veille, veille !
C’est mon tour.
L’animal a recraché le Soleil.
Et la lumière est revenue.

© Isabelle Forestier

 

 

Mademoiselle tout à l’envers (Pastel sec) – Hommage à l’illustrateur Philippe Corentin (1936-2022)

Quand c’est le jour,

Elle dort toujours.
Les pieds et la tête en l’air,
À l’endroit où à l’envers,
Elle se rêve en toboggan
Et se réveille de travers.
Mais vers le soir,
Quand vient l’espoir,
À l’envers ou à l’endroit,
Même si ce n’est pas la loi,
Elle festoie avec les rois
Et reines poètes du verlan,
Auxquels elle parle tout en vers.
C’est renversant !

© Isabelle Forestier

Texte et illustration conçus pour l’exposition de groupe « Scrogneugneu » en hommage à l’illustrateur Philippe Corentin (1936-2022) qui aura a partir du 4 juillet 2024 au Musée de l’Illustration Jeunesse de Moulins.
Mon poème et l’illustration sont inspirés librement  de la chauve-souris Chiffonnette, personnage central de l’album :
« Mademoiselle tout à l’envers »
publié aux éditions L’école des Loisirs.

Héritage

Un petit enfant rapté,
Mille autres sous les missiles.
Du sang gicle dans le ciel,
Un garçon tremble de tout ses membres.
Son père est resté sous les décombres.
Un autre, hurle, puis hébété,
Cherche des yeux sa jambe amputée.

Un petit enfant rapté,
À perdu son biberon.
Une fille aux yeux couleur charbon,
Remarque une chevelure
Émergeant d’une tonne de pierres.
Elle reconnaît celle de sa mère,
Avale l’horreur à pleins poumons.

Un petit enfant rapté
Tète goulûment son vêtement.
On gémit devant le plat fumant,
Agrémenté de chiendent.
La viande est dure sous la dent.
Maintenant, c’est le chat du voisin,
Mais lequel mangera-t-on demain ?

Un petit enfant rapté,
Sanglote comme tout les bébés.
Une femme, seins gorgés de lait,
Agrippe son nourrisson, poupée
Au teint pâle comme la craie,
Minuscule corps en linceul blanc,
Qui n’aura respiré qu’un instant.

Un petit enfant rapté
Survit seul, affamé, plusieurs jours
Entouré d’étrangers morts,
Sous un tunnel de béton armé,
Avant d’être écrasé à son tour.
La bas, sa famille l’attend encore.
Filles, fils d’ennemis, tous, ils meurent.

Tout au sommet de sa tour,
Le muezzin prie toujours,
La voix hachée par les larmes.
D’autres affûtent leurs longues lames,
Pendant que, loins des gravats,
Les puissants s’arriment à leurs sofas,
Jouant leurs sièges échecs et mat.

© Isabelle Forestier